
Le résultat est sans équivoque: 73% des habitants de Haute-Sorne sont contre la centrale de géothermie profonde, dont 61% y sont farouchement opposés. C’est une enquête commandée par la commune qui le dit.
On connaît désormais de façon chiffrée l’ampleur du rejet du projet de centrale géothermique, à Glovelier, par les habitants de Haute-Sorne. Et il est massif: 73% de la population sont contre. Quelque 61% d’entre eux n’en veulent pas du tout.
Ces chiffres sont quelques-uns des résultats livrés par un questionnaire envoyé à la population en mai dernier. Il portait sur plusieurs thématiques: la qualité de vie, la fusion, les politiques de l’énergie et l’eau, ainsi que la jeunesse. L’enquête, menée par l’institut gfs.bern, s’adressait à tous les citoyens de plus de 16 ans. Le taux de participation est de 35,9%.
Selon ce sondage, seuls 16% des habitants sont favorables à ce projet, mais seulement 5% d’entre eux sont des convaincus absolus. Le soutien est plus important que la moyenne chez les hommes (20%), chez les partisans du PCSI (34%), du Centre (30%), du PLR (27%), de Haute-Sorne Avenir (25%), du PS (22%), ainsi que chez les résidants de Courfaivre (22%). L’opposition est plus marquée chez les parents (76%), les personnes ayant un niveau d’éducation moyen (77%), les citoyens de Glovelier (78%), Soulce et Undervelier (84% chacun) et les propriétaires (78%).
La situation du logement a donc une influence considérable sur la perception que l’on a de cette installation. Ce n’est ainsi pas chose curieuse que l’argument qui recueille le plus de suffrages est celui selon lequel des tremblements de terre résultant de la géothermie profonde pourraient réduire la valeur des biens immobiliers, augmenter les primes d’assurance et avoir une influence négative sur les acheteurs potentiels (79%). Un autre avis très partagé est que le Jura n’est pas un laboratoire expérimental (71%).
D’après l’institut de sondage, le fait que la population n’ait pas eu son mot à dire lors de la détermination de l’emplacement du projet lui est resté en travers de la gorge.
Une campagne d’information sur les avantages et la prise de décision concernant le site pourrait contribuer à atténuer les critiques, estime-t-il. «Mais les craintes liées à la perte de valeur des biens immobiliers et le sentiment d’avoir été ignoré devraient persister. À plus forte raison dans le Jura, l’un des cantons ayant le taux de logements en propriété le plus élevé et une histoire au cours de laquelle l’autodétermination a joué un rôle constitutif», relève gfs.bern.
La voix du peuple
Pour Jack Aubry, le résultat de ce sondage n’a rien d’étonnant. «On le dit depuis le début que la population est opposée. Le rejet aurait été encore plus marqué si le taux de participation était plus élevé. Beaucoup de gens nous ont dit qu’ils ne voulaient pas répondre à cette enquête, n’y prêtant guère de crédibilité», explique le président de Citoyens responsables Jura, association réunissant les opposants.
D’après Jack Aubry, les autorités doivent entendre la voix du peuple: «On espère que le Gouvernement tiendra compte de ce résultat, car il doit prendre une décision sur la suite du projet, dont la phase de forage exploratoire est terminée et qui doit entrer dans l’étape de fracturation hydraulique, la plus dangereuse.»
«Le projet fait partie de la vie de la région»
«Les phases du projet sont définies à l’avance, pointe David Eray, ministre en charge du dossier. La décision du Gouvernement de permettre ou non la poursuite du projet sera basée sur les perspectives sécuritaires. Le forage exploratoire est terminé et d’autres acquisitions sont en cours. On attend un rapport d’expertise sur la base de tous ces éléments. L’exécutif l’examinera et décidera de la suite à donner avec un maximum d’informations en main.» Davantage que le chiffre du refus, une donnée retient l’attention de David Eray: le faible taux de participation. «On peut supposer que pour beaucoup, le projet fait partie de la vie de la région», indique-t-il.
Avec ce sondage, les autorités ont tenu leur promesse de consulter la population, dixit le maire Eric Dobler. «Il n’y a pas de marge de manœuvre pour essayer de convaincre les gens de changer d’avis. Ils ne veulent pas de cette installation. Ce résultat est un signal qu’on envoie au promoteur et au Gouvernement pour leur montrer ce que pensent les habitants. C’est presque un instrument qu’on leur met à disposition», déclare-t-il.
Le Quotidien Jurassien – Huseyin Dincarslan
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
Télécharger le rapport d’enquête de gfs-bern commandée par la Commune de Haute-Sorne.
