
Les choses s’accélèrent Le forage de géothermie, qui n’a pour l’heure qu’une visée exploratoire, est parvenu avec succès jusqu’à 500 m de profondeur. Il a débuté hier la deuxième phase qui l’emmènera jusqu’au socle cristallin.
Morne pluie ce lundi matin sur le chantier de géothermie à Glovelier. À l’entrée, deux agents de sécurité sortent de leur abri et s’avancent vers notre véhicule. Carte d’identité. Ils la saisissent en échange d’un badge. Le moyen de savoir en tout temps qui se trouve dans la zone, surtout en cas de catastrophe. En général, les ouvriers sont une douzaine sur place.
La barrière s’ouvre, toujours la même que les opposants ont renversée avec une facilité déconcertante il y a une semaine. Mais elle sera bientôt renforcée, promet-on. Sur le derrick, des cylindres de forage d’une douzaine de mètres s’élèvent, alignés, prêts à être enfilés les uns sur les autres dans le puits. Il en faudra plus de trois cent pour descendre jusqu’à 4000 m.
Fragile aquifère
L’outil de forage s’est mis en marche le 21 mai et, en six jours, est parvenu à une profondeur de 500 m, en perçant un diamètre de 60 centimètres environ, sans rencontrer de problèmes se félicite Olivier Zingg, le chef de projet de Geo Energie Suisse.
Il s’agit d’une première section importante: elle traverse les calcaires du Jurassique, qui représentent un aquifère régional. Ce qui nécessite notamment d’isoler cette partie du forage du reste afin d’éviter tout risque de mélange avec l’eau contenue plus en profondeur, plus saline et impropre à la consommation. Un tube en acier a donc été inséré et du ciment (stocké dans les grands silos blancs visibles depuis la route) injecté par le bas entre l’acier et la roche.
Des précautions: «Nous n’avons constaté ni de perte ni de venue d’eau durant le percement, ce qui signifie que nous n’avons eu aucun contact avec l’aquifère», se réjouit Olivier Zingg.
Foreuse en service
Cette dernière semaine, la foreuse était ainsi à l’arrêt; des experts ont procédé à toute une série de mesures de propriété de la roche. Résistivité, propriétés électriques, propagation des ondes acoustiques…
La deuxième étape a néanmoins été lancée hier. «Elle doit mener à environ 1500 à 2000 m de profondeur. On ne connaît pas encore le chiffre exact. On doit atteindre le socle cristallin, constitué de granits et de gneiss, qui se situe sous les roches sédimentaires.»
Autre difficulté à cette profondeur: la machinerie traversera du sel. Conséquence: la boue de forage, constituée d’eau et d’argile, qui circule en continu pour évacuer la matière, menace de tout dissoudre sur son passage. Solution: on saturera le liquide de sel. Et il en faut.
Des dizaines de sacs d’une tonne tout droit venus des salines suisses attendent ainsi au pied de la tour d’être utilisés. Une entreprise a au passage été spécialement mandatée pour s’occuper du mélange de cette boue, qui doit être adapté en fonction des particularités de chaque couche traversée.
Cette matière file ensuite en direction de Granges par camion pour y être traitée. Cette solution a été préférée au site de Boécourt pour des questions de capacités logistiques, explique Olivier Zingg. Rien n’est stocké sur le canton.
Le chef de projet nous emmène visiter les lieux. «Le derrick n’est en fait rien d’autre qu’une grande grue qui doit avoir suffisamment de force pour tenir et soulever le train de tiges», image Olivier Zingg. Au premier étage dans le compartiment blanc, le bureau du pilote. Il gère le poids sur la tête de forage, la vitesse de rotation de l’outil, etc.
Ça chauffe en bas
Plus loin, l’imposant système de pompes, une génératrice de secours aux larges tubes d’échappement et un bassin de rétention, où sont récupérés tous les liquides qui coulent sur la place.
En temps normal, l’eau qui y ruisselle est réutilisée. «Le purinage des manifestants nous a obligés à vider et nettoyer le bassin puis envoyer son contenu à la station de Soyhières», rappelle Olivier Zingg.
Les 4000 m de profondeur devraient être atteints à la fin de cet été. Considérant une augmentation de 30 degrés par kilomètre, la température qui devrait alors régner avoisinera les 120 degrés.
Le Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
On sait d’où venait le bruit qui dérangeait
Point noir du chantier selon ses opposants: le bruit. Ils s’en sont plaints et l’État a immédiatement demandé que des investigations soient effectuées. Les exploitants se sont exécutés et les données ont été analysées. Résultat: les valeurs légales, soit 55 dB la nuit devant l’habitation, à peu près similaire à une discussion normale, sont respectées.
Les plaintes concernaient un bourdonnement continu, explique Olivier Zingg. La source de cette émission a pu être identifiée: il s’agit des tamis vibrants qui sont utilisés pour séparer les débris de roche de la boue de forage. «Des réglages ont été effectués pour éviter les fréquences problématiques. Des tapis isolants en caoutchouc ont également été placés sous l’installation, de sorte à limiter la propagation des vibrations», indique Olivier Zingg. Des relevés ont été effectués ce week-end à l’intérieur d’habitations. Ces dernières ont montré que le bruit n’y était plus perceptible, ajoute le chef de projet. Deux autres sources de bruit «normales» peuvent néanmoins se faire entendre: les pompes qui servent à faire circuler la boue de forage en continu ainsi que le moteur de la tête de forage.
L’activité est maintenue 24 h su 24 h. «Dès qu’une section de forage est commencée, on ne s’arrête plus avant que le tube soit posé dedans pour stabiliser le tout», ajoute Olivier Zingg.
AME
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
