
Le groupement le plus important opposé au projet de géothermie profonde en Haute-Sorne est sorti de son silence hier à Bassecourt. Il assiste, fataliste, à la poursuite des travaux sur le site de Glovelier. Fauché, le mouvement n’a plus les moyens de saisir les tribunaux.
«Pourquoi nous étions un peu en retrait depuis des mois? Car on n’avait rien à dire!» Paroles du président Jack Aubry, en ouverture de la conférence de presse de Citoyens responsables Jura (CRJ) hier matin à Bassecourt.
Alors, cette invitation pour dire quoi de neuf? Parmi les nombreux journalistes, la question s’est posée une fois les débats clos.
Chapelet de griefs
Un ministre, sans être nommé, en a encore repris pour son grade. Mais dans ce dossier, la carapace de David Eray, puisqu’il s’agit de lui, est blindée telle la peau d’un rhinocéros.
Un Gouvernement jurassien méprisant ses ouailles, des parlementaires ne représentant plus le bon peuple, la démocratie bafouée, des ministres plus à leur place, une commission de suivi et d’information (CSI) du projet de géothermie profonde pétrothermale en Haute-Sorne n’assumant rien: on a eu droit à un chapelet de griefs déjà connus.
Avant ces attaques frontales, Jack Aubry, le président de CRJ, s’était empressé de préciser que son groupement n’avait rien à voir avec les débordements vécus lors de la manifestation de vendredi dernier. «Plusieurs mouvements sont contre le projet de géothermie profonde pétrothermale en Haute-Sorne. Nous sommes des pacifiques et des non-violents. Vu la tournure des événements, ce genre de protestation risque de se reproduire souvent.»
À l’occasion des toutes prochaines festivités du 23 juin, marquant les 50 ans du plébiscite de 1974? Silence radio. Mais selon plusieurs informations récoltées dans les rangs des opposants, quelque chose se trame à l’occasion de cet anniversaire.
Le vrai du faux
Alors, quoi de neuf vraiment, Docteur? CRJ qui exige l’arrêt immédiat des travaux? CRJ qui explique son refus d’entrer dans la CSI? «On n’a jamais refusé le dialogue. C’est le promoteur et le Gouvernement qui ne veulent pas parler. De toute façon, l’État jurassien ne maîtrise plus rien. Toutes les décisions sont prises au niveau de la Confédération», a cogné Alain Jeangros.
Au préalable, Jack Aubry lui avait préparé le terrain en affirmant que même si la limite liée aux risques sismiques venait à être dépassée lors des travaux, ce n’est pas le Gouvernement jurassien qui décidera d’un éventuel arrêt du projet, mais bien le comité de pilotage. Une affirmation qui fait sursauter Olivier Zingg, chef de projet pour la Suisse romande au sein de Géo-Énergie Suisse: «Les experts indépendants transmettront leurs conclusions au Gouvernement jurassien, seule autorité autorisée à modifier ou révoquer un plan spécial cantonal.»
Alain Jeangros a rappelé que l’assurance RC du promoteur, portant sur une somme de 100 millions afin d’indemniser les propriétaires fonciers en cas de fissures, est une «fantaisie». Pour CRJ, en cas de litige, ce sont des centaines de millions de francs qui seront réellement nécessaires afin de verser des indemnités.
Deux autres projets
«Et ces fissures, elles apparaîtront. On ne sait pas quand, ni où, mais elles apparaîtront», a juré Jack Aubry, qui a dévoilé que sur le Géo Portail de la République sont désormais mentionnés deux autres projets de géothermie profonde dans le Jura. Un à Porrentruy (plaine de Courtedoux), l’autre à Delémont (secteur des Matériaux Sabag).
Le président de CRJ l’a admis hier à Bassecourt: son mouvement n’a plus d’argent. «On ne peut plus avancer au niveau juridique.» Encore faut-il trouver une faille…
Corollaire: la marge de manœuvre de CRJ dans le projet de géothermie profonde pétrothermale en Haute-Sorne est moindre. Mais pour les opposants, pas question de baisser les bras pour autant.
Le Quotidien Jurassien – Gérard Stegmüller
Bruit, vibrations et fin du premier forage
Il a été passablement question de bruit, de lumières et de vibrations lors de la conférence de presse de Citoyens responsables Jura hier à Bassecourt. Au bord des larmes, l’habitante de Berlincourt Léa Petitjean Gisiger a raconté son calvaire et celui de sa fille de deux ans et demi (courrier des lecteurs de mercredi et d’hier). «Aussitôt que nous avons été avertis de ces problèmes par l’État jurassien, nous avons pris les devants», réagit Olivier Zingg, chef de projet pour la Suisse romande au sein de Géo-Énergie Suisse. «Nous avons pris très au sérieux ces remarques, et avons identifié la source de ces problèmes. Très rapidement, des mesures pour lutter contre ces nuisances notamment acoustiques, qu’on n’attendait pas vraiment, ont été adoptées. Aussi, plus on effectuera des travaux en profondeur, moins le bruit se fera entendre», assure-t-il.
La première section de forage a cessé dimanche passé. Le «trou» est aujourd’hui de 500 m. La deuxième démarrera entre demain et lundi. D’ici fin juin, on devrait atteindre jusqu’à 2000 m de profondeur. La troisième, la dernière, doit permettre de creuser jusqu’à 4 km de profondeur.
GST
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
