
Citoyens, experts et autorités étaient invités à débattre, hier soir à Bassecourt, sur la question de l’approvisionnement en eau du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne. Plusieurs alternatives au Tabeillon ont été évoquées.
Cent trente mille m3 d’eau sur six mois. C’est ce que le promoteur du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne prévoit – au maximum – de prélever pour la prochaine phase de stimulation. Ces besoins ne sont pas sans inquiéter certains citoyens, qui craignent l’impact que cela pourrait avoir sur le Tabeillon, où il est a priori prévu de se fournir.
La Commission de suivi et d’information du projet de géothermie a ainsi organisé, hier soir à Bassecourt, une table ronde pour discuter de cette problématique «sur des bases factuelles» et explorer les diverses possibilités d’approvisionnement. Une septantaine de personnes a répondu à son invitation.
Débit minimal
Dans les faits, Geo Energie Jura, le promoteur du projet, n’a encore déposé aucune demande de concession pour pouvoir exploiter le Tabeillon. Des mesures de débit sont en cours, complémentaires à celles réalisées depuis le printemps 2024. Leurs résultats seront ensuite transmis à l’Office cantonal de l’environnement, lequel devra fixer le débit minimal au-delà duquel tout prélèvement serait interdit.
Ce chiffre important en poche, le promoteur décidera s’il estime qu’il vaut la peine de se fournir dans le Tabeillon ou s’il juge la restriction trop importante. Le canton lui a d’ailleurs demandé d’examiner plusieurs alternatives. Ce que le promoteur a fait en proposant de puiser dans la Sorne en amont ou en aval de Berlincourt, après le retour de la Forge, mais aussi en pompant dans le réseau communal ou encore en acheminant de l’eau par la route ou le rail.
Mise en garde
Le collectif des riverains-propriétaires du Tabeillon et celui des agriculteurs de Haute-Sorne ont mis en garde sur plusieurs points. Que les valeurs utilisées ne prennent pas en compte le changement climatique et la diminution induite du débit, de 15% dans l’intervalle de 2013 à 2023 selon eux.
Que ce cours d’eau, aussi, produise un débit aléatoire qui rendrait compliquée une planification de pompage. Qu’aucune étude d’impact, encore, n’a été menée sur la Sorne ni sur un prélèvement sur le réseau communal.
De leur côté, les autorités communales n’ont pas fermé la porte à fournir les 130 000 m3 d’eau au projet. «Cela paraît envisageable contre rémunération», a estimé Didier Luginbühl, chef des services techniques.
Il a toutefois souligné que les vieilles conduites communales supportaient mal les changements de pression soudains, qui entraînent des fuites en cascade. «Mais il est possible de parer à cela en plaçant, via un jeu de vannes, le chantier de l’autre côté de la barrière de pression.»
Du stockage
Les citoyens ont ensuite été invités à donner leur avis, duquel il semble ressortir quelques idées récurrentes. Celle de concentrer les prélèvements durant la période hivernale, lorsque les débits sont les plus importants.
Celle aussi de construire de quoi stocker le surplus hivernal des cours d’eau, de sorte à limiter les interventions en période de stress hydrique. «Une idée à examiner», approuve Olivier Zingg, le directeur de Geo Energie Jura, qui rappelle que le plan spécial autorise la construction de trois bassins (contre un actuellement) pour un total de 5000 m3.
«La mise en place de grandes citernes est également envisageable.» Il résume: «Que ce soit un prélèvement dans le Tabeillon, le réseau communal, ou la Sorne, tout reste ouvert pour l’heure.»
Certains citoyens se sont toutefois plaints d’avoir systématiquement l’impression d’être mis devant le fait accompli et de ne pas se sentir entendus.
Le Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
