
Le lien entre le passage d’un camion vibreur dans le cadre du projet de géothermie de Haute-Sorne et certaines fissures signalées sur des bâtiments n’a pas pu être totalement écarté dans deux cas sur les douze analysés jusqu’ici. Le promoteur proposera une indemnisation aux deux propriétaires.
«La fissure se situe pile en face de la porte d’entrée de la cave. Il est simplement impossible qu’elle ait déjà été là avant le passage du camion vibreur. Je l’aurais remarquée», maintient encore avec conviction cette habitante de Bassecourt.
Elle fait partie des deux propriétaires qui recevront une indemnité pour les dommages qu’ils ont signalés sur leur bâtiment après la campagne géophysique menée en janvier dernier par le promoteur du projet de géothermie de Haute-Sorne.
Normes respectées
Une vingtaine de cas au total ont été recensés, dont douze ont déjà fait l’objet d’un rapport de la part d’un expert indépendant mandaté par Geo Energie Jura. Sept restent encore à traiter. L’occasion pour le promoteur de faire le point sur cette première volée de résultats via un communiqué.
«Dès le moment où toutes les valeurs-seuils de vibration et toutes les normes ont été respectées – ce qui a été le cas à chaque fois – nous n’étions pas tenus d’aller plus loin», souligne d’emblée Olivier Zingg, le directeur de Geo Energie Jura.
Pour autant, le promoteur a fait le choix d’envoyer à ses frais – sans doute une somme à quatre chiffres – un expert en statique du bâtiment chez chaque propriétaire s’étant annoncé. «Même dans les cas où le lien de causalité nous paraissait peu vraisemblable. Il nous semblait important de répondre à leurs interrogations. Les conclusions de l’expertise peuvent être intéressantes pour les propriétaires.»
Ainsi, pour dix des douze cas analysés, l’expertise conclut à «une absence de lien de causalité entre les travaux et les fissures observées. Cette constatation s’appuie sur les valeurs mesurées durant les travaux, la distance du camion vibreur au bâtiment et les conclusions de l’expert. Pour les deux cas restants, l’expert mandaté indique que les vibrations auraient pu contribuer aux dommages constatés malgré le respect des seuils.»
Auraient pu, car il s’agit parfois de bâtiments avec «une tension préexistante qu’une sollicitation externe a peut-être renforcée», explique le directeur de Geo Energie Suisse.
Indemnisations à bien plaire
«Dès le moment où l’on dit qu’il est possible que nous ayons contribué à ces dégâts, il nous paraissait juste de contribuer à leur réparation», indique Olivier Zingg. Le communiqué parle de dégâts de «faible ampleur» qui «n’altèrent pas la statique du bâtiment».Une «indemnisation forfaitaire à bien plaire» sera ainsi proposée aux propriétaires. Elle sera de l’ordre du millier de francs, précise Olivier Zingg.
Le Quotidien Jurassien a pu consulter le rapport dressé dans le cas de cette habitante de Bassecourt, dont la maison a été construite dans les années 1980. Le camion est passé à 6 m de la maison et le mur faisait directement face à la route.
Une valeur de vibrations de 3,6 millimètres par seconde a été mesurée pour un seuil qui était fixé à 6. L’expert relève «les bords nets» de la fissure qui «suggèrent une ouverture relativement récente, bien que sa teinte foncée laisse supposer qu’elle pourrait avoir existé à l’état latent avant les vibrations».
Le document conclut ainsi qu’un effet aggravant ponctuel des vibrations ne peut pas être exclu et fait état d’un «mélange de causes».
«Exécution défaillante»
Une fissure, dans la salle de bains, avait également été relevée. Mais pour celle-ci, l’expert identifie une «exécution défaillante de l’élément de construction, avec une finition de mauvaise qualité». Dans ce contexte, les vibrations, bien que perceptibles, «ont pu agir comme facteur déclencheur sur un désordre latent, mais ne peuvent être tenues pour cause principale», lit-on.
L’habitante concernée indique qu’elle ne procèdera pas à des travaux de réparation dans l’immédiat. «Mais je mettrai l’indemnisation bien au chaud dans le cas où cela deviendrait nécessaire.»
La Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
