
PHOTO YANN BÉGUELIN
La Commission de suivi et d’informations tente de prendre la main sur la communication en lien avec le projet de géothermie profonde. Ce ne sera pas une mince affaire.
La communication est peut-être plus que jamais devenue un enjeu majeur du projet de géothermie profonde. Alors que les premiers travaux approchent pour aménager la place de forage, que mille personnes ont fait entendre leur voix samedi dans la rue à Delémont pour contester le projet, la Commission de suivi et d’informations (CSI) sur le projet de géothermie profonde sort du bois.
Cette commission, qui a pour vocation depuis une année d’assurer une information fiable et neutre sur ce dossier controversé et qui regroupe de multiples représentants de la société civile, a décidé, lors d’une séance lundi soir, d’organiser une grande soirée d’informations publique, en présence d’experts, le jeudi 9 novembre, laquelle devrait avoir lieu à Bassecourt ou à Glovelier. Les détails seront précisés.

Nouvelle tentative
«Le but est de montrer à la population comment la CSI travaille et qu’elle est un forum d’échange. L’idée est que la population participe à la séance, pose des questions. Nous nous focaliserons notamment sur les thématiques qui interpellent, comme le forage, la sismicité ou la question de l’eau», relève son président Pascal Mahon, lequel officiera comme médiateur durant cette séance qui réunira tous les membres de la CSI.
Par le passé, cette commission avait déjà tenté d’informer le public au travers notamment d’un site internet dédié et interactif, lequel contient une foire aux questions. Pourquoi cette nouvelle initiative? S’agit-il d’une tentative pour reprendre la main sur la communication? «C’est simplement de la prendre!, répond Pascal Mahon. Pendant longtemps, jusqu’à ce que la CSI soit mise en place, il y a eu un déficit de communication.»
«Ce n’est pas très démocratique non plus»
Ce professeur de droit constitutionnel à l’Université de Neuchâtel ne porte pas de jugement sur la nature des informations qui circulent en lien avec ce projet. «C’est bien qu’elles circulent. Mais le problème est de savoir si elles sont correctes ou pas», avance-t-il. Or, pour lui, il est primordial de retrouver un espace de dialogue.
Il espère que cela se fera notamment avec l’association Citoyens responsables Jura qui, jusqu’à présent, a refusé d’intégrer la CSI. «Je le déplore. Ils dénoncent un déficit démocratique. Mais quand on n’est pas d’accord de discuter, je ne trouve pas très démocratique non plus. Le rôle de la CSI n’est pas de vendre le projet, il est de réunir les gens autour d’une table», défend le constitutionnaliste.
Pascal Mahon estime tout à fait légitime que chacun défende son opinion. Au sein de la CSI, certaines positions sont marquées et opposées au projet, mais ouvertes à la discussion, observe-t-il, espérant qu’il en soit de même dans toute la société. «La démocratie, c’est accepter d’être soumis à débat contradictoire pour se faire un avis rationnel», souligne-t-il.
Pascal Mahon espère déjà qu’il y aura du monde le 9 novembre. «Ce qui me frappe, c’est le silence dans la population générale. Si on n’a personne à cette soirée, ce serait inquiétant», dit-il.
Pour choisir la couleur de la tour de forage?
Principale bannière des opposants, l’association Citoyens responsables Jura est à présent scrutée. Est-elle prête à faire ce pas, prendre part à une soirée d’échange? Son président Jack Aubry ne le sait pas encore, relevant que les membres devront en discuter entre eux. CRJ compte de son côté elle-même mettre sur pied ses propres soirées d’informations, rappelle-t-il.
Et qu’en sera-t-il d’une future intégration dans la commission? Jack Aubry l’exclut catégoriquement. «La CSI suit le projet et est pilotée par les promoteurs. Si on y siège, ce serait uniquement pour décider de la couleur de la tour de forage. De notre côté, nous contestons ce projet. Ce qu’il faudrait faire, c’est plutôt organiser une votation!» clame-t-il.
Le Quotidien Jurassien – Benjamin Fleury
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
