
La récente motion (désormais retirée) visant à révoquer le juge David Cuenat est symptomatique d’élus à la dérive. La séparation des pouvoirs garantit justement que le pouvoir judiciaire puisse exercer un regard critique sur les décisions politiques, assurant ainsi un équilibre démocratique. Le devoir de réserve du magistrat n’est pas supérieur au principe de séparation des pouvoirs et ne le contraint pas au silence absolu, surtout lorsqu’il s’agit de défendre l’indépendance de la Justice. Le fait que les Parlements se soient littéralement couchés devant les Gouvernements durant le Covid leur a manifestement fait prendre un mauvais pli. Les comportements contradictoires des Gouvernements ont semé de mauvaises graines dans l’esprit de nos élus. L’habitude de traiter tout contradicteur de vil complotiste et de réduire au silence par la menace toute critique leur a manifestement fait croire que tous les excès étaient permis. La Justice doit pouvoir exercer son rôle de contre-pouvoir sans subir de pressions indues. En tant qu’avocate indépendante, je me réjouis de voir que la Justice est capable d’émettre des décisions empreintes de nuance, de pondération, d’empathie, de réflexion et de regard critique, dans le respect du cadre légal. Avec plus de juges comme Monsieur le juge Cuenat, la citoyenne et le citoyen maintiendront peut-être la confiance qu’ils placent en la Justice, à défaut d’avoir pu conserver celle envers les médias (4e pouvoir) et les politiques. En conclusion, je souhaite au peuple jurassien d’avoir des institutions démocratiques libres. Le premier pas pour ce faire sera de s’assurer que les magistrats ne soient plus eux-mêmes élus par des politiciennes et politiciens à la dérive.
Audrey Voutat, avocate, Rossemaison
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
