
Après que la RTS a révélé des cas de fissures sur les bâtiments en ville de Genève suite au passage de camions vibreurs, les porteurs du projet de géothermie profonde ont dû répondre à de nombreuses questions, samedi lors d’une séance d’information.
«Je ne suis pas plus inquiète que ça, mais je voulais me tenir au courant de l’avancement des choses», fait l’une. Un autre, un peu moins serein: «Ma maison a 70 ans. Si une fissure apparaît sur un mur, serai-je indemnisé?»
Devant eux, sur la place de la halle des fêtes de Bassecourt, un singulier camion blanc, muni, entre ses deux essieux d’une sorte de plaque reliée à deux cylindres. Il s’agit de l’un des camions vibreurs qui parcourront la vallée de Delémont du 8 au 20 avril prochains dans le cadre du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne.
Neuf communes concernées
Outre cette dernière commune, il passera ainsi dans ou à proximité de huit autres: Saint-Brais, Clos du Doubs, La Baroche, Boécourt, Develier, Bourrignon, Courtételle et Delémont. Geo-Energie Suisse, le promoteur, avait invité la population pour lui présenter l’engin. Une trentaine de personnes ont répondu à l’invitation. Quelques-unes avaient résolument décidé de ne pas épargner les représentants du projet. Le niveau sonore est parfois monté, le sujet du camion passant au second plan.
Après une trentaine de minutes, le chauffeur démarre enfin. La plaque vient appuyer fortement le sol, si bien qu’on observe les pneus du véhicule lui transférer une partie de leur charge, puis la plaque se met à vibrer. Nos chaussures et nos jambes aussi. Le bruit s’amplifie. Cela dure une trentaine de secondes et doit permettre d’améliorer les connaissances sur le sous-sol de la région grâce à la réflexion des ondes, ainsi que d’accroître la sécurité du projet.
Après ces trente secondes, le camion avancera d’une vingtaine de mètres et réitérera l’opération, explique Goran Mijic, collaborateur de l’entreprise Geo2X, qui se charge de ce travail.
Pendant la nuit
Ces relevés seront effectués la soirée et la nuit afin de limiter les perturbations du trafic et améliorer la qualité des données récoltées. «Les riverains percevront des nuisances durant une trentaine de minutes en tout, le temps que le véhicule s’éloigne», reprend Goran Mijic. Il prévient: il est normal que l’on sente les vibrations remonter les murs des bâtiments, particulièrement lorsque ceux-ci sont épais.
Genève dans les esprits
À ce propos, certains avaient encore en tête le sujet diffusé en début de semaine sur la RTS, qui révélait les déboires de certains Genevois après le passage de ce genre de camions dans les rues de leur ville. Des dizaines de propriétaires affirment que des fissuressont apparues sur leurs maisons, dont certains réclament à présent plus de 100 000 fr. de réparations.
Pas la même chose ici
Qu’en sera-t-il ici, sachant que les camions traverseront la ville de Delémont? Olivier Zingg rassure. «On ne peut jamais apporter des garanties à 100%, mais toutes les mesures sont prises pour qu’il n’arrive rien.» Le camion adaptera notamment ses vibrations à la sensibilité des bâtiments, explique-t-il. «Avant la campagne, un inventaire des objets sensibles a été réalisé. Des canalisations, des bâtiments ou des entreprises.» Un appareil de mesure placé à proximité permettra de s’assurer que les seuils de vibration ne sont pas dépassés. «Les normes sont très sévères», ajoute-t-il.
À Genève, cela n’a pourtant pas permis d’éviter des dégâts. «Certains sols peuvent être très défavorables à de telles explorations, reprend le chef de projet. C’est le cas de Genève, qui repose sur des sédiments lacustres qui ont tendance à amplifier les ondes. Or ici, nous n’avons pas connaissance de tels sols. Les camions qui circuleront dans le Jura seront aussi plus légers.»
Et concernant les dédommagements? «On ne retient que les cas litigieux, mais on oublie souvent de relever qu’à Genève, la majorité a été réglée sans problème et les gens dédommagés.»
Le Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
