
Plus de 300 personnes ont assisté à la première séance d’information inter-districts de Citoyens Responsables Jura (CRJ). Pour la première fois, l’association qui s’oppose à la géothermie profonde en Haute-Sorne a fait appel à un ingénieur, Jean-Christophe Hadorn, qui estime que ce projet est un gouffre financier, pas suffisamment étudié.
«Débourser 130 millions pour un projet d’expérimentation aux dégâts pas encore connus, cela en vaut-il la peine?» Pas sûr, selon l’ingénieur Jean-Christophe Hadorn, qui a donné son avis bien tranché sur la question mardi soir à Delémont, lors de la première séance d’information inter-districts de Citoyens Responsables Jura (CRJ). «Creuser ce trou représente un véritable gouffre financier!», dit-il.
Chercheur et enseignant, le Vaudois a plusieurs casquettes: il est consultant en énergies nouvelles, préside la Société d’énergie solaire (SES) à Genève et était anciennement le président de la Commission fédérale de géothermie. De son double point de vue d’ingénieur et d’économiste, Jean-Christophe Hadorn pense que le projet de géothermie profonde en Haute-Sorne comporte un trop gros risque financier au vu des potentiels dégâts.
Léa Petitjean, membre du comité des CRJ, évoque entre autres la sismicité induite, les problèmes d’étanchéité des forages, la pénurie d’eau ou encore la fragilité des conduites en Haute-Sorne, vieilles de 70 ans, qui se rompront en cas de mouvement de terrain. «Et au regard de l’accumulation des contraintes tectoniques dans la région, si ça ne tremble pas, c’est que ça ne marche pas.»
Pas suffisamment étudiés
Tous ces risques n’ont pas été étudiés en profondeur par Geo-Energie Jura, en charge du projet, et certains ne sont même pas indiqués dans le dossier, constate Jean-Christophe Hadorn. «Les rapports établis et acceptés par le Parlement jurassien manquent cruellement de recherche scientifique. Comment la Suisse peut-elle justifier un tel investissement, à part l’avancée de la science?»
Ce ne sera jamais rentable, explique l’ingénieur. «Si ces 130 millions étaient investis dans l’énergie solaire, vous en auriez bien plus, de l’électricité!» Le prix de l’énergie solaire baisse, contrairement à celui de la géothermie profonde. Et le solaire est une technologie bien plus sûre, affirme-t-il. «Pourquoi, quand on a quelque chose qui marche, on devrait aller chercher quelque chose qui ne marche pas?»
Le président des CRJ, Jack Aubry, va encore plus loin en soutenant que ce projet n’a pas été conçu pour produire de l’électricité, mais qu’il ne s’agit que d’une expérimentation. D’autant plus qu’aucune date de lancement de la production d’électricité n’a été indiquée.
À l’inverse, Jean-Christophe Hadorn salue l’effort des CRJ, qui apportent des mesures, études et autres calculs. «C’est quand même fou, vous devez vous-même mesurer s’il y a de l’eau pour celui qui réalise un projet géothermique.»
Pierre-Alain Vuile, du collectif des riverains propriétaires du Tabeillon, à Bassecourt, a par exemple fait des mesures quotidiennes dans le Tabeillon. «Personne n’en a jamais fait. On se base sur des estimations, elles-mêmes basées sur la Sorne à Delémont ou la Birse à Moutier entre 1983 et 2012. On ne tient pas compte du changement climatique», s’offusque-t-il.
Il ressort de son étude que la vitesse moyenne du débit qu’il a calculée est trop basse par rapport à la quantité d’eau que les promoteurs avaient prévu de pomper, soit 50 litres d’eau par seconde, rappelle le Jurassien. Le débit n’avait d’ailleurs jamais été aussi bas que lundi, selon lui. Un record.
«Pour couronner le tout, comment peut-on avoir confiance en une entreprise qui n’a aucun visage, qui n’a jamais eu aucune activité et dont le siège est une boîte aux lettres à Bassecourt?» s’insurge Léa Petitjean en parlant de Geo-Energie Jura. La salle a ri.
«Il faut intégrer la CSI»
Malgré tout, Jean-Christophe Hadorn termine son expertise en conseillant aux membres de CRJ de participer à la Commission de suivi et d’information (CSI) du projet et d’y montrer leur bonne volonté. C’est toujours hors de question pour Jack Aubry, qui estime que le comité a été créé «pour faire passer le projet».
«Bon espoir que justice soit faite»
Le groupement CRJ ne baisse pas les bras. Outre la procédure juridique en cours contre le permis de construire de Geo-Energie Jura et plus de 2000 signatures récoltées au mois de septembre dans une pétition contre le projet, l’idée de relancer une initiative n’est pas du tout à exclure, selon Jack Aubry. «Ce sont des gens non compétents et mal informés qui ont accepté le projet en se basant sur des hypothèses. Pourquoi un si beau projet n’est pas accepté ailleurs en Suisse?»
L’association se revendique pour sa part très bien informée, appuyée par divers spécialistes. «En tout cas, on ne pourra plus nous reprocher de ne pas avoir consulté un spécialiste.»
Le Quotidien Jurassien – Inès Bartlome
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
