
«Jusqu’à la faille» va certainement trouver un écho particulier dans le Jura. Ce documentaire se penche sur la géothermie profonde, les espoirs qu’elle soulève, les obstacles qu’elle rencontre. Et le projet de Haute-Sorne y tient son rôle. Trois projections sont programmées au cinéma La Grange, la première demain soir.
«En théorie, il y a une grande source d’énergie sous nos pieds. En théorie, il suffirait de creuser pour l’exploiter. Mais dans la pratique, c’est peut-être un peu plus compliqué.» Voilà comment est lancé le film documentaire Jusqu’à la faille. Le ton est donné: il sera résolument didactique, mais un peu décalé, avec une pointe d’humour et de légèreté.
Vulgariser la géothermie
Pas question de s’infliger au cinéma un long et rébarbatif diaporama fourmillant de schémas compliqués. Ici, les dessins sont faits à la main, les vues aériennes superbes et les propos clairs comme de l’eau de roche. Le site du film, jusqualafaille.ch, est à lui tout seul un bel outil pédagogique pour comprendre en deux minutes les grands enjeux de la géothermie profonde.
Et surtout, le film n’éclaire pas qu’une seule facette de cette technique de captation d’énergie, aussi prometteuse que décriée. La parole est donnée tant aux scientifiques et aux porteurs de projet qu’aux opposants – parmi eux, un certain Jack Aubry, de Citoyens Responsables Jura, vent debout contre le projet de Glovelier. «On a eu des bons retours des deux côtés, preuve que le film est assez équilibré», se félicite Clara Marbehant, chargée de sa distribution chez la jeune société de production lausannoise Nous Prod.
Tout au long des quatre ans de tournage, l’équipe s’est invitée sur les chantiers et dans les conseils de direction, comme aux campements des opposants. Manon Germond, la journaliste qui a écrit le film avec le réalisateur Thierry Schwob, raconte: «À l’époque, le projet de Haute-Sorne était sur pause. Alors nous nous sommes intéressés de très près aux forages de Vinzel, sur la Côte, et de Lavey, à cheval entre Vaud et Valais, deux projets qui sont bien accueillis par la population. Nous avons fait du porte-à-porte dans ces villages pour rencontrer des gens contre, mais la seule opposition que nous avons trouvée est que ‹ça allait gêner l’accès à la déchetterie›. Là comme à Genève, où des forages exploratoires vont démarrer ce printemps, les gens acceptent bien la géothermie profonde. Mais dans le Jura, la confiance a été rompue dès le départ.»
Le risque sismique, dont on a vu les conséquences à Bâle, à Saint-Gall et à Pohang, en Corée du Sud, n’y est évidemment pas pour rien. Mais surtout, la communication autour du projet de Haute-Sorne, tant des promoteurs que de l’État, a été très confuse. Ce qui a entraîné une partie des citoyens jusqu’à la faille de confiance. Jusqu’à la faille permettra peut-être de la restaurer en partie.
Jusqu’à la faille
Durée 66 minutes. Projections au Cinéma La Grange: jeudi à 20 h 30, dimanche à 18 h 30, vendredi 24 janvier à 18 h 30.
Le Quotidien Jurassien – Thomas Le Meur
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
