
La sécheresse que connaît notre région remet la question de l’eau au centre du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne. Mais elle ne devrait pas occulter l’essentiel. Les interrogations demeurent: besoins en eau, injections sous pression, sismicité induite, failles, complexité du sous-sol ou responsabilités à long terme. Pris séparément, chacun de ces éléments peut être relativisé ou assorti de mesures de surveillance. Mais à quel moment doit-on considérer leur accumulation?
À cela s’ajoute désormais une question de confiance. L’État vient de confier le suivi scientifique du projet à Vincent Badoux, membre du comité et président ad interim de Géothermie Suisse, association qui œuvre au développement de cette technologie. Ses compétences ne sont pas en cause. Mais dans un dossier aussi controversé, le contrôle ne devrait-il pas être confié à des personnalités dont l’indépendance vis-à-vis des milieux promoteurs soit incontestable? Le principe de précaution n’est ni un refus de la science ni de l’innovation. Il consiste à reconnaître que lorsque les conséquences potentielles sont importantes et que les incertitudes subsistent, poursuivre ne peut devenir l’option par défaut. Cet automne, le canton du Jura devra certainement se prononcer. Après tant d’années et d’argent investis, ce qui a déjà été engagé ne doit jamais peser davantage que les risques futurs. La vraie question n’est plus seulement: peut-on techniquement poursuivre? Mais: au regard de tout ce que nous savons aujourd’hui, est-il encore raisonnable de le faire?
Jack Aubry, président de Citoyens Responsables Jura
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
