
«Tous les feux sont au vert» pour le projet de géothermie profonde de Haute-Sorne, qui a foré son premier puits cet été. Mais tout peut encore changer en 2025, avertit celui qui le pilote, Olivier Zingg.
C’était le 21 mai dernier. La tête de forage entre en rotation pour creuser les premiers centimètres du puits de géothermie profonde. Sur le chantier, à Glovelier, l’instant est fort en symbole.
«À ce moment-là, on se rappelle tous les efforts qu’il y a en amont pour en arriver là», se remémore Olivier Zingg, le chef de projet chez Geo Energie suisse. Tous les efforts, c’est-à-dire plus de dix ans de démarches et autres demandes d’autorisation de sécurité. «Il y a aussi toute la tension liée à l’inconnu, continue Olivier Zingg. Les opérations sont certes planifiées, les risques pris en compte, mais on ne sait pas si tout va se passer comme prévu ou non.»
En avance
D’un point de vue technique, cela se passera au final mieux que ce qui était prévu. Aucun pépin, pas de poche de gaz, pas de perte de boue de forage, pas d’irruption d’eau sous pression, pas de réaction sismique: le forage arrive à 4000 m de profondeur avec de l’avance sur le programme. Cela grâce à l’expérience acquise dans les autres projets similaires et à la finesse des réglages de la machine, explique Olivier Zingg. «Cette rapidité est réjouissante pour l’avenir de la géothermie, La rentabilité économique d’un forage sera un élément important pour les projets à venir.»
Seule petite surprise à signaler: la découverte d’une couche de sel deux fois plus épaisse que ce qui était prévu, soit 150 m d’épaisseur à 1200 m de profondeur. Cela n’a ému ni les experts – le sel se comporte comme de la pâte à modeler, et dans une région plissée comme la nôtre, les différences d’épaisseur sont ainsi monnaie courante – ni les exploitants de sel: le gisement est trop profond et son excavation coûterait trop cher.
Début sous tension
D’un point de vue populaire, c’est par contre plus compliqué. Une manifestation suivie d’importants débordements a lieu trois jours après l’annonce du début du forage.
Des barrières sont renversées, le site envahi, un silo escaladé et la place aspergée de purin. «On savait que le début des opérations représentait un moment critique, reconnaît Olivier Zingg. Mais ces comportements restent inacceptables.»
Pas de fin du monde
Le chef de projet tient cependant à relever un certain apaisement des tensions depuis lors. «Une image très noire de ces travaux avait été peinte. On a plusieurs fois prédit la fin du monde, or finalement rien de tout cela ne s’est produit. Les gens ont pu voir qu’on a fait ce qu’on avait dit, et qu’on l’a fait comme on l’avait dit.»
Les riverains sont aussi touchés par les nuisances. Les premières nuits, en mai, sont particulièrement compliquées. «C’était surtout ce bruit de ferraille, cette lumière et ces bruits sourds de tapis vibreurs, se souvient l’une. On n’avait plus qu’à fermer nos fenêtres… et nos gueules!», dit-elle, mentionnant cela dit les améliorations entreprises par le promoteur. Elle ajoute: «Quand ça a été fini, on s’est rendu compte à quel point Berlincourt était un village paisible.»
Test de stimulation
La suite en 2025? Les camions vibreurs feront leur retour mi-janvier, mais ils ne circuleront cette fois-ci que dans un rayon de 3 km autour du chantier. Puis en avril, on entrera définitivement dans le vif du sujet avec des tests de stimulation hydraulique.
L’opération consistera à injecter de l’eau sous pression à petit débit (maximum 500 m3) à 3800 m de profondeur pour mesurer la réaction de la roche. Objectif: déterminer la capacité d’augmenter la perméabilité de la roche (n.d.l.r.: le principe général de la géothermie est de réchauffer l’eau en la faisant passer d’un puits à l’autre par des fissures dans les roches cristallines). Ces tests serviront aussi à observer la microsismicité provoquée par l’injection. Les tremblements devront rester inférieurs à une magnitude de 1.
Toutes ces données permettront de réévaluer les risques du projet. «De l’extérieur, ce sera bien moins impressionnant que les travaux de forage, relativise Olivier Zingg. Le dispositif ainsi que les nuisances n’auront rien de comparable.»
Grande échéance
La grande échéance de 2025 pour la géothermie arrivera toutefois plus tard, en automne, espère Olivier Zingg. Le Gouvernement jurassien devra décider si oui ou non le projet respecte les conditions qu’il a fixées. Et au final s’il peut se poursuivre. «A priori, tous les feux sont au vert, glisse Olivier Zingg. Mais attention, l’exploration n’est pas encore terminée. La phase de test de stimulation doit encore nous donner des éléments clés. À partir de là, tout peut changer. Le jeu est encore ouvert.»
Le Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
