
Le promoteur du projet de géothermie de Glovelier veut puiser de l’eau dans le Tabeillon. Sa demande de concession a été publiée hier. Il devra toutefois encore trouver une alternative pour les mois d’été, durant lesquels le débit du cours d’eau pourrait ne pas suffire.
C’était attendu: le promoteur du projet de géothermie de Glovelier a officiellement déposé sa demande de concession pour prélever de l’eau dans le Tabeillon. Celle-ci a été publiée hier dans le Journal officiel et porte sur une autorisation de 20 litres par seconde pour une durée de 10 ans.
Autre chiffre important, celui du débit d’étiage du cours d’eau, qui a suscité beaucoup de discussions.
Il s’agit du débit au-dessous duquel aucun prélèvement n’est autorisé. Il a été fixé à 20 litres par seconde – soit près de 20 fois moins que la valeur inscrite dans le rapport d’impact environnemental de 2014 – à la suite de la campagne de mesure effectuée par le promoteur.
Besoins importants
Le débit résiduel a, lui, été fixé à 75 litres par seconde pour deux raisons: la loi sur les eaux, qui stipule qu’on ne peut pas prélever d’eau dans un cours d’eau en deçà d’un débit de 50 litres par seconde, et les besoins de la faune piscicole pour sa migration. La population a 30 jours pour faire opposition.
Concrètement, le débit devra être calculé en temps réel et la pompe, qui se situerait sur le cours d’eau à peu près à la hauteur du chantier, s’arrêterait automatiquement lorsque celui-ci arriverait à son débit d’étiage. Le projet de géothermie entraînera d’importants besoins lors de la deuxième phase du chantier (pour laquelle le Gouvernement n’a pas encore donné son feu vert). Elle comprend le forage d’un deuxième puits et la stimulation du réservoir, soit une injection dans la roche pour créer des fissures destinées à laisser passer l’eau. Un volume de 50 000 à 130 000 mètres cubes est articulé.
Il est toutefois pratiquement acquis, à la lecture des mesures réalisées l’année dernière, que le Tabeillon ne suffira pas à couvrir ces besoins lors des mois estivaux de juillet, août et septembre.
Plan B
Le promoteur devra ainsi trouver une seconde source d’approvisionnement capable de prendre le relais lorsque le cours d’eau sera à son plus bas niveau. Deux alternatives restent ainsi sur la table du promoteur, explique Olivier Zingg, le directeur de Geo Energie Jura: la Sorne et le réseau communal de Haute-Sorne, dans lequel l’eau nécessaire a pour l’heure été puisée. Une étude est encore en cours pour le cas de la Sorne. Quant au réseau communal, cette solution interroge une partie des citoyens. Une question écrite a récemment été déposée à ce propos. Elle cite notamment le règlement communal, qui mentionne que «le service des eaux n’est pas tenu (…) de fournir d’importantes quantités d’eau à l’usage de certains abonnés s’il en résulte des dépenses à supporter par l’ensemble des autres usagers.» Les auteurs, le PS et les Verts, avancent ainsi un montant de 9 millions dédié à la réfection du réseau qu’ils soupçonnent d’être lié à la géothermie.
Le Conseil communal réfute. Il liste toute une série d’investissements à réaliser, parmi lesquels les réservoirs de Glovelier et Undervelier, vétustes et non conformes aux normes techniques.
L’exécutif relève par ailleurs «qu’aucune loi ni aucun règlement ne nous permettent de refuser l’accès à l’eau à une entreprise», mais qu’il peut toutefois le restreindre lors de périodes de sécheresse. Il précise que tout aménagement serait à la charge du promoteur.
Actuellement, ce dernier dispose d’une conduite capable de fournir 12 litres par seconde, mais dont le débit a été limité à 3 litres par seconde. Le chef du Service communal des eaux a récemment jugé «envisageable» d’approvisionner le chantier. La commune en aurait en tout cas les moyens: elle est souvent considérée comme l’un des châteaux d’eau du canton en raison de ses grandes capacités hydrauliques.
Séance d’information
Une séance publique d’information sera mise sur pied par l’Office cantonal de l’environnement pour expliquer les enjeux autour de cette demande de concession. Elle se tiendra le lundi 1er juin à l’aula de l’école primaire de Bassecourt (19 h).
Le Quotidien Jurassien, Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
