
HAUTE-SORNE
Le collectif des «riverains-propriétaires» du ruisseau du Tabeillon n’a pas ménagé ses efforts pour défendre ses convictions. Il a adressé hier une lettre ouverte à l’Office cantonal de l’environnement et son ministre de tutelle David Eray. Ses membres y demandent notamment un moratoire de dix ans interdisant toute prise d’eau liée à un octroi de concession.
En clair, cette requête vise le désir des promoteurs du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne de pomper de l’eau dans le Tabeillon pour la phase de stimulation hydraulique. Selon les estimations théoriques des promoteurs en 2014, 388 000 m3 d’eau seraient nécessaires au maximum. Leur lettre est assortie d’un dossier d’une cinquantaine de pages. Dedans, leur propre étude sur le débit du cours d’eau. Ils ont relevé sa hauteur chaque jour et analysé les données pluviométriques de Météo Suisse. Leur conclusion: les calculs figurant dans le rapport d’impact ne reflètent plus la réalité, car datant de 2014. Depuis cette date, selon eux, les précipitations ont diminué de 14%. De quoi justifier un nouveau calcul du seuil au-dessous duquel il n’est plus possible de puiser de l’eau.
Le collectif, qui regroupe une vingtaine de propriétaires, arrive à un débit minimal de 1,02 l/s, tandis que le rapport d’impact mentionne une limite à 194 l/s. Et pour refaire ce calcul, le collectif demande que le canton se base sur des données récoltées sur une dizaine d’années. Ce qui n’existe actuellement pas, d’où le moratoire de dix ans.
Aucune concession demandée
Quentin Theiler, responsable de domaine à l’Office de l’environnement, rappelle en préambule qu’à ce jour aucune demande d’octroi de concession ni autorisation n’a été demandée et que le promoteur du projet de géothermie n’a pas encore défini où il s’approvisionnerait en eau. En 2025, le promoteur va également évaluer plus finement le besoin en eau nécessaire.
Quentin Theiler rappelle aussi que les valeurs utilisées dans le rapport en 2014 étaient très conservatrices par rapport au débit d’eau et à la diminution des précipitations et qu’une marge de sécurité avait été utilisée pour préserver le milieu naturel. Pour ce qui est du calcul demandé sur dix ans, le responsable de domaine parle d’une procédure «très claire» dictée par la Confédération.
L’article 59
«Si dix années de mesure ne sont pas disponibles, l’article 59 de la loi fédérale sur la protection des eaux mentionne d’autres méthodes d’évaluation.» Pour ce faire, une station de mesure a été demandée par l’Office cantonal de l’environnement, celle-ci est mise en service à mi-avril 2024 par GeoEnergie Jura. «Il faut aussi souligner qu’un débit d’étiage plus élevé est plutôt de nature à protéger le cours d’eau, puisqu’il limite de facto toute prise d’eau lorsque le débit est en deçà», conclut Quentin Theiler.
Le Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
