
PHOTO YANN BÉGUELIN
Un millier de personnes ont manifesté samedi à Delémont contre le projet de géothermie profonde en Haute-Sorne. Les opposants sont remontés comme des coucous. Lors des discours, des propos d’une rare virulence ont été tenus à l’encontre des politiques.
Les opposants au projet de géothermie profonde en Haute-Sorne sont plus que jamais déterminés. Et ils haussent le ton. La résistance prend de l’ampleur. La presse nationale s’est plongée dans le dossier. Un signe révélateur.
Samedi après-midi à Delémont, ils étaient un millier à cracher leur venin sur ce… Bon. Évitons les gros mots entendus le long du cortège. Les participants sont partis depuis la gare à 14 h 30, ont effectué un premier arrêt à l’Hôtel du Parlement, puis un deuxième à l’Hôtel de Ville. La quinzaine de policiers mobilisée n’a pas eu à intervenir. Le raout s’est terminé à 16 h.
«Une honte!»

Plusieurs orateurs ont pris la parole. Président de l’association Citoyens Responsables Jura (CRJ), à l’origine du rassemblement, Jack Aubry – ravi de l’affluence – avait revêtu son costume de tribun. La foule a savouré ses missiles. «Jack, tu devrais faire de la politique», lui a d’ailleurs lancé un opposant au moment de se disperser.
Jack Aubry dans le texte, c’est ça: «Le loup est entré dans la bergerie avec les cinq bergers. Le Gouvernement jurassien travaille pour une entreprise privée, et non plus pour le peuple. Une honte!»
Puis, le leader de CRJ a envoyé des Scud aux politiciens. À commencer par Jacques Gerber: «Il a toujours approuvé le projet. Il ne s’en cache pas publiquement. Pis: il œuvre en coulisses. Il faudra s’en souvenir lors des élections fédérales de cet automne. Puisqu’il vante tellement son bébé géothermique, pourquoi veut-il s’en aller à Berne?»
Également ministre et candidate au Conseil des États, Nathalie Barthoulot a elle aussi essuyé des rafales: «Elle s’est agenouillée devant l’ancienne conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Ces deux-là (n.d.l.r.: Nathalie Barthoulot et Jacques Gerber) doivent assumer.»
Le gilet pare-balles de David Eray n’a pas résisté: «Il ne répond pas aux questions des députés, se disant victime de menaces de mort. Ici encore, même si c’est pour 2025, on s’en souviendra au moment de glisser le bulletin dans l’urne.» Reste à savoir si le ministre PCSI briguera un troisième mandat…
Le deuxième Béguelin
Les parlementaires ont également passé à la tactique du salami. Jack Aubry a lâché «que le 90% des représentants du peuple ne bougent pas le petit doigt». Quant au maire de Haute-Sorne Eric Dobler, nettement moins égratigné par celui qui est en passe de devenir le deuxième Roland Béguelin de la République pour les opposants, tant son talent d’orateur les subjugue, «il devra faire preuve de courage. Il est exclu que l’on se fasse bâillonner une deuxième fois!» Le président de CRJ faisait référence au refus du Conseil communal de Haute-Sorne d’organiser un vote consultatif, procédure non inscrite dans la constitution jurassienne.
Léa Petitjean a elle évoqué la problématique de l’eau, un thème ô combien porteur pour les anti-géothermie profonde. «L’eau manquera probablement avant l’énergie. L’économiser et la protéger est la priorité absolue. Continuons à nous battre, ensemble, pour que ce projet démentiel, inutile et dangereux ne se réalise jamais», a scandé l’agricultrice de Berlincourt.
Un jour, à Berne…
Député socialiste, Pierre-André Comte s’est ensuite exprimé en son nom personnel. Le camarade a relayé les arguments ressassés par les opposants depuis maintenant une décennie (déni de démocratie, notamment). Quant à Alain Jeangros, il a mis en garde: «Personne n’a jamais pu imposer au peuple jurassien quelque chose qu’il ne veut pas!»
Une résolution exigeant l’arrêt immédiat du projet, adressée au Gouvernement jurassien et à la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, a comblé une assistance acquise dès le départ.
Les trois couplets de la Rauracienne ont été entonnés, avant que les «anti» prennent d’assaut les terrasses des restaurants de la vieille ville. «On se serait cru à la Fête du peuple», a commenté un manifestant, la larme à l’œil.
Au moment de ranger le cercueil noir sur lequel on pouvait lire l’inscription «démocratie bafouée», une dame a assuré: «Un jour, il faudra bien qu’on monte à Berne pour nous faire entendre!»
Le Quotidien Jurassien – Gérard Stegmüller
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
