
La commission de suivi et d’information du projet de géothermie profonde a fait le point jeudi soir sur l’avancée des travaux lors d’une séance d’information publique. Les camions vibreurs reviendront notamment en janvier.
Cent soixante. C’est le nombre de conditions fixées par l’Office de l’environnement cantonal à l’intention du promoteur du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne, a souligné Quentin Theiler, chef de domaine du même office, pour dire à quel point le chantier est encadré.
Vérifier que rien ne s’échappe dans les aquifères traversés par le puits, s’assurer par deux audits que les nombreux employés sur le projet soient tous au même niveau d’information (parce que plusieurs langues se côtoient), contrôler le stockage et les quantités des produits chimiques contenus dans les boues de forage, rester attentif à la pollution lumineuse sont ainsi quelques-unes des tâches auxquelles Quentin Theiler et ses collègues se sont par exemple attelés.
Le canton se montre aussi proactif, a-t-il encore mis en évidence, expliquant que des rencontres auront prochainement lieu avec les riverains pour cerner les éléments à améliorer, notamment au niveau des nuisances sonores, avant la suite des opérations.
Travail en coulisses
Sur le terrain, le site paraît quelque peu déserté depuis la fin du forage du premier puits en août. C’est que l’essentiel du travail se passe actuellement en coulisse, avec l’interprétation de toutes les données récoltées grâce au forage et à la campagne menée par les camions vibreurs, a expliqué Olivier Zingg, chef de projet chez Geo-Energie Suisse.
Les fractures, naturellement présentes et provoquées par le forage, sont notamment étudiées. C’est-à-dire leur inclinaison, leur densité… Ces connaissances serviront d’une part au rapport qui sera soumis au Gouvernement, et d’autre part à définir l’intervalle de profondeur exacte à laquelle la phase de test de stimulation se déroulera. Cette dernière débutera en mars et durera deux à trois semaines.
De l’eau sous pression sera injectée à environ 3800 m. L’injection sera progressive, en augmentant le débit tout en observant la microsismicité induite en temps réel jusqu’à un maximum de 500 m3 d’eau par cycle. La magnitude de ces tremblements devra obligatoirement demeurer inférieure à 1, dans lequel cas le test serait interrompu.
Étudier le comportement de la roche
Objectif de l’opération: étudier le comportement de la roche, de sorte à, là encore, mettre à jour l’étude de risques en vue de la phase de stimulation principale. Phase qui sera soumise à l’aval du gouvernement, une fois le rapport complet en sa possession. Mais dans l’immédiat, ce seront les camions vibreurs qui reviendront arpenter les alentours du site. Ce sera en janvier déjà, et durant une douzaine de jours. Cette fois-ci, il n’y aura qu’un camion à la fois et ils ne circuleront que de jour.
Les pêcheurs réagissent
La Fédération cantonale des pêcheurs jurassiens réagit à la lettre ouverte envoyée aux autorités jurassiennes par le collectif des riverains-propriétaires. Ce collectif y demandait un moratoire de 10 ans interdisant toute prise d’eau liée à un octroi de concession en raison de la diminution des précipitations de ces dix dernières années, qui selon lui n’a pas été prise en compte dans le rapport d’impact environnemental de 2014.
Les pêcheurs se disent «très défavorables à tout prélèvement d’eau conséquent dans le Tabeillon, qu’il s’agisse du projet de géothermie profonde ou de toute autre activité». Ils soulignent «des problèmes récurrents de débit, particulièrement lors des étiages estivaux, qui vont d’ailleurs en s’accroissant avec le réchauffement climatique». Ils suggèrent de se tourner vers une autre source plus abondante, comme la Sorne.

Frédéric Bernard
Professeur de droit public à l’Université de Genève
Jeudi soir, vous avez été invité, lors d’une conférence, à vous demander si le processus entourant le projet de géothermie de Haute-Sorne représentait un «déni de démocratie». Alors?
Un déni démocratique signifierait qu’il existait un droit pour la population de se prononcer et qu’il aurait été indûment refusé. Or, qu’il n’y ait pas eu de votation populaire est conforme au cadre légal. Il y a eu des possibilités de participation qui ont été saisies, par exemple celle de faire opposition au plan spécial cantonal ou cette pétition adressée au Gouvernement. Cela dit, il est vrai que l’on pourrait souhaiter, pour un projet de ce type, qu’une votation populaire soit organisée, précisément pour éviter ce sentiment de la population de ne pas avoir été entendue.
Pourquoi cela n’a pas pu être fait?
Pour chaque étape on trouve des raisons juridiques un peu différentes. Je vois toutefois un rendez-vous manqué pour la population: celui de l’initiative populaire contre la géothermie profonde de 2018, invalidée par la Cour constitutionnelle jurassienne alors que le Parlement l’avait validée. Pour une raison que j’ignore, le recours n’a pas été porté jusqu’au Tribunal fédéral. La décision de ce dernier aurait peut-être permis de sauver une votation populaire.
Un sondage réalisé par la commune de Haute-Sorne sur sa population montre que cette dernière est très majoritairement opposée au projet. Ne pas considérer cet avis ne constitue-t-il pas un déni de démocratie?
Il est difficile de donner le même poids à un sondage qu’une votation populaire. Oui, le résultat est défavorable au projet, mais le sondage ne peut pas être considéré comme un outil démocratique qui permet d’arriver à la conclusion qu’il est anti-démocratique de continuer le projet.
Pourtant cette majorité existe bel et bien…
J’ai tendance à me méfier des sondages. Il est difficile d’extrapoler des résultats sur la base d’échantillons et d’en tirer une valeur juridique. Oui, il existe certainement des choses à améliorer dans le droit jurassien pour permettre à la population de se prononcer. Et ce projet, parce qu’il est pilote, permettra justement de les cerner et peut-être de déboucher sur des changements. Vous me direz: ce n’est qu’une maigre consolation pour les personnes opposées à ce projet de géothermie.
EN CHIFFRES
20 millions de francs
Le coût du forage du premier tube. L’ensemble du projet est devisé à 150 millions de francs.
3715
En tonnes, les «déchets» générés par le forage du premier puits, traités par une société d’élimination de Granges. En majeur partie des débris de roche et de la boue de forage.
123
En degrés, la température mesurée le 18 septembre à 3990 m de profondeur dans le puits. Celle attendue à 5000 m est de 160 degrés.
41,6
En décibels, le bruit mesuré par le canton dans la nuit du 14 août à l’entrée de Berlincourt. À cette distance, la limite légale est de 50,6 dB. Le bruit provenait principalement de la manipulation des tiges métalliques du train de forage.
Le Quotidien Jurassien – Antoine Membrez
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
