
Déversement de colère
La manifestation contre la géothermie profonde qui a réuni une centaine de personnes hier aux abords du site de Haute-Sorne a pris une tournure électrique quand du purin a été projeté, des barrières malmenées et qu’un manifestant a réussi à pénétrer dans le site pour escalader un silo, avant d’être brièvement arrêté par la police.
La manifestation contre le projet de géothermie profonde en Haute-Sorne se voulait «conviviale et pacifique», selon le slogan des organisateurs. Elle a dégénéré hier en fin de matinée. Des barrières de sécurité du chantier n’ont pas résisté face aux plus déterminés parmi la centaine de manifestants.
Pour les opposants au projet de géothermie en Haute-Sorne, maintenant que la tour est montée et que les travaux de forage ont débuté, il y a lieu de parler de «chantier de la honte».
C’est justement devant ce dernier, à la croisée Berlincourt – Glovelier, sous la pluie, qu’une centaine de personnes ont manifesté leur colère hier vers 11 h. Plusieurs individus, dont certains avec le visage dissimulé, ont tenté de pénétrer sur le chantier. Une porte d’entrée a été forcée à l’aide d’un objet métallique.
Un manifestant a escaladé une des barrières – guère solides en l’occurrence –, pour grimper en haut d’un silo d’où il a déployé une banderole hostile à la géothermie profonde en général.
Le personnel de sécurité privé du chantier a mis un peu de temps à s’organiser. Il a assisté impuissant à la scène d’un tracteur déversant du purin sur une partie inoccupée du chantier. Une fois son méfait accompli, le chauffeur du tracteur a disparu en direction de Berlincourt, au grand dam de deux policiers qui allaient à pied à sa rencontre…
Action préparée
Les événements se sont précipités quand «l’escaladeur» a rejoint la terre ferme, vers 11 h 30. Des gendarmes l’ont aussitôt interpelé. Les manifestants ont alors hurlé: «Laissez-le libre, laissez-le libre».
Une barrière plus grande, mais aussi nettement moins solide que celles disposées à certains endroits, a alors cédé. Des opposants ont réussi à entrer sur le site. Ça commençait à chauffer sérieusement.
Les deux patrouilles de la police cantonale présentes dès le début de la manifestation ont été rejointes par des renforts. Un tantinet de calme est revenu quand la personne qui avait grimpé sur le silo a pu rejoindre libre ses camarades contestataires.
Il s’appelle Claudio et habite Undervelier: «J’ai eu droit à un contrôle d’identité. Les gendarmes m’ont dit que je serai convoqué ultérieurement. Notre action, préparée, a visé juste. Nous ne sommes pas seulement contre le projet de géothermie profonde en Haute-Sorne, mais contre la géothermie profonde tout court. Pourquoi j’ai agi à visage découvert? Nous n’avons rien à cacher et c’est plus pacifique de manifester son mécontentement ainsi que cagoulé.»
Un blessé de 83 ans
Il était midi moins le quart et les manifestants regagnaient gentiment leur quartier général, situé en face du chantier. Histoire de boire un verre et de manger une grillade. D’autres, trempés, ont préféré rentrer chez eux.
Il n’était plus qu’une vingtaine devant la porte du chantier quand un grand bus noir a débarqué depuis Glovelier. Une bonne dizaine de policiers en «tenue renforcée» sont sortis du véhicule.
Assistant de loin à la scène, les manifestants sont revenus en direction du chantier. Le dialogue avec les gendarmes en uniforme et ceux en tenue renforcée (une trentaine d’hommes au total) a tourné parfois aux insultes. D’un côté comme de l’autre, personne n’a perdu son sang-froid. Mais pour les opposants toutefois, l’engagement de forces spéciales était exagéré.
À un moment donné, le commandant des agents en tenue renforcée a ordonné la libération de la chaussée, «la manifestation étant interdite», selon lui. Peu de gens se sont exécutés. Il y a eu dès lors quelques légers frottements entre les forces de l’ordre et des manifestants. L’un d’eux, résidant à Glovelier, s’est retrouvé au sol, légèrement blessé derrière la tête, à la suite d’un petit mouvement plus maladroit qu’intentionnel de la part d’un agent en uniforme. «Quel joli cadeau d’anniversaire le jour de mes 83 ans», maugréera-t-il, une fois le calme revenu, vers 12 h 15.
Pour les opposants, plus que jamais, la lutte continue.
Le Quotidien Jurassien – Gérard Stegmüller
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
