
Avec le début imminent du forage exploratoire, d’aucuns se demandent quelle sera désormais l’attitude des opposants au projet de géothermie profonde à Glovelier. Depuis plusieurs mois, le mouvement de lutte se montre discret.
De multiples communiqués de presse, des manifestations d’envergure… Pendant plusieurs années, les opposants au projet de géothermie profonde ont occupé le terrain de la communication, partageant leurs vives craintes sur de potentiels effets dévastateurs.
Sans réussir néanmoins à faire inverser le cours des choses. Après avoir été longtemps retardé, le projet avance. Dans le courant de la semaine prochaine, le promoteur Geo-Energie Suisse a bon espoir de commencer le forage, à l’entrée de Glovelier depuis Bassecourt, sur un site métamorphosé, désormais industriel. S’élevant à plus de 40 m, une tour de forage y défie depuis peu les slogans hostiles au projet, placardés à proximité.
«Ambiance imbuvable»
Mais étonnamment, l’activité des opposants semble, ces derniers mois, inversement proportionnelle à celle des exploitants, avec l’avancée des travaux pour cette première phase exploratoire. Alors que les possibilités de recours juridiques ou administratifs semblent épuisées, s’agit-il de fatalisme? De résignation? D’une tactique pour mieux rebondir?
D’aucuns se posent la question, parfois en se réjouissant que la géothermie semble être moins un sujet de discussion dans la Haute-Sorne. «L’ambiance était devenue imbuvable, clivante. Peut-être que les opposants se sont rendu compte qu’ils en faisaient trop. Je ressentais une grande pression de leur part à l’égard des personnes qui n’avaient pas pris position sur l’objet», ressent une personnalité de Haute-Sorne.
Au sein de l’État, chargé d’accompagner et de garantir le respect de toutes les conditions-cadres, certains collaborateurs qui suivent le projet se demandent aussi si les messages alarmistes ne sont pas allés trop loin. «J’ai l’impression qu’ils n’ont plus d’arguments. La catastrophe annoncée lors du passage des camions vibreurs, ne s’est par exemple pas confirmée», observe l’un.
Débats sereins
Les représentants de l’État espèrent surtout que les informations délivrées dans le cadre de la Commission de suivi et d’information (CSI) permettent désormais un débat plus serein et factuel, sans pour autant chercher à convaincre du bien-fondé de cette technologie. Est-ce le cas? Ayant assisté à quasiment toutes ces séances, Michel Lando reste par exemple farouchement opposé à ce projet qu’il considère comme trop expérimental, mais salue les efforts de vulgarisation, la transparence des informations et les débats apaisés qui s’y déroulent sans faire évoluer pour autant les positions. «J’ai toujours ce sentiment qu’on va vers l’inconnu et que le projet est risqué et dangereux», exprime le conseiller général UDC, tout en estimant que, selon lui, toutes les mesures possibles sont prises pour réduire les risques. «On ne peut pas mettre en doute la bonne foi des initiants», partage-t-il. Des efforts que la CSI compte poursuivre. Après avoir tenu une première séance publique sur le projet qui avait réuni quelque 200 personnes en fin d’année passée et dont son président Pascal Mahon tire un bilan positif, la commission va réitérer l’exercice cette année. «La CSI n’est pas là pour arrêter le projet, ni pour le vendre. Elle le suit, reste à l’écoute. Elle pourrait aussi tirer la sonnette d’alarme, à l’instar du groupe d’experts indépendants ou du comité de patronage», rappelle le professeur émérite de l’Université de Neuchâtel.
Un bon vecteur
Au fil des mois, la CSI – créée à la fin de l’année 2022 pour réunir autour de la table tous les acteurs impliqués – s’impose de plus en plus comme un acteur marquant dans la communication. À ce propos, Pascal Mahon, se dit toujours ouvert à ce que le mouvement Citoyens responsables Jura intègre la CSI, ce que le principal mouvement d’opposition a toujours refusé de faire. «La CSI est un bon vecteur pour exprimer son mécontentement. Les opposants qui y siègent posent des questions et cela permet de corriger certains points. Dernièrement, cela a été le cas concernant la circulation des camions», plaide le constitutionnaliste.
«Chantier de la honte»
Qu’en sera-t-il? CRJ va-t-il faire ce pas? Pour son président Jack Aubry, c’est niet. La confiance est définitivement rompue. La CSI n’a qu’un but: celui de rassurer, affirme-t-il, estimant que la commission n’est pas neutre du tout.
Quant à la ligne suivie en ce moment par CRJ, Jack Aubry reconnait que le mouvement a été légèrement plus en retrait ces derniers temps. Selon lui, ceci s’explique par le large travail de communication, avec de «bonnes informations» qui a déjà été réalisé. «On a dit tout ce qu’il y avait à dire», indique-t-il, assurant néanmoins que le mouvement ne s’est ni résigné, ni endormi et qu’il continue de dénoncer le passage en force de ce projet.
Le leitmotiv du groupe a toujours été de se mobiliser pacifiquement et cela continuera, insiste Jack Aubry, sans s’exprimer sur les autres groupes d’opposants. Selon lui, CRJ continuera de garder à l’œil tous les aspects juridiques liés au projet, notamment quand il y aura «des comptes à rendre». «Car il y aura des dégâts et les responsables devront assumer!» conclut-il, soulignant que CRJ précisera bientôt sa position lors d’un point presse.
Le projet garde ses détracteurs, que l’imminence du forage semble réanimer. Un groupe, pas lié directement à CRJ, a justement annoncé hier soir qu’il comptait mettre sur pied vendredi prochain, dès 10 h, une manifestation pour s’opposer au «chantier de la honte».
Le Quotidien Jurassien – Benjamin Fleury
© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.
